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Synthèse de la Table ronde 5 : Formation des futurs décideurs (public et privé) au débat public

Assad Ferguene
Six étudiants ont accepté de réaliser les synthèses des tables rondes du colloque international de la CNDP.

"Une véritable demande de formation au débat public, et plus largement à l’échange, au dialogue et à la concertation, fait son apparition au sein des grandes écoles"


L’atelier sur la formation des décideurs publics et privés a débuté par un rappel : il existe en France, sur le plan historique, une tradition ancienne de centralisation administrative. Si l’organisation de la République se veut désormais décentralisée, les processus décisionnels demeurent encore trop verticaux, au risque d’être déconnectés des attentes des citoyens. Or, dans un environnement international en pleine mutation, l’émergence d’une économie de l’information et de la connaissance, entre autres, appelle à repenser la place de la participation des citoyens dans la façon de gouverner un Etat ou de diriger une organisation.

Assurément, l’Etat n’a plus le monopole de la définition de l’intérêt général, et les grands acteurs économiques se voient progressivement contraints de rendre des comptes en termes de responsabilité sociale et environnementale. Les technologies de l’information et la communication, tout autant que les initiatives citoyennes au niveau local, relativisent l’autorité des décisions lorsqu’elles sont prises sans délibération suffisante. Ce constat, de plus en plus partagé, fait prendre conscience, chez un nombre croissant de décideurs et de futurs décideurs, de la nécessité d’intégrer les procédures de débat public et de concertation dans la gestion des affaires.

Le débat public est une forme de discussion qui implique de réformer notre culture politique, mais aussi notre propre rapport à soi et aux autres. C’est à ce titre que la formation en direction des futurs décideurs prend une importance particulière.

Des programmes de formation existent actuellement dans les grandes écoles, qui consistent en des enseignements et des mises en pratique en matière de communication générale, de communication de crise, de négociation ou encore de médiation. Ces programmes, qui abordent la problématique de l’échange et du dialogue sans néanmoins s’inscrire dans une véritable ingénierie du débat public et de la concertation, intègrent au moins le souci d’une communication qui doit désormais aller dans les deux sens entre les décideurs et les parties prenantes.

Le contenu des formations se caractérise par la place grandissante accordée à la pluridisciplinarité. A ainsi été souligné l’apport positif de disciplines telles que les sciences sociales ou la philosophie, particulièrement dans la formation des ingénieurs. A travers cette méthode, c’est une prise de distance des futurs décideurs avec leurs compétences techniques, au profit d’une vision plus transversale de leur rôle et de leur responsabilité qui est recherchée. Elle est encouragée via des travaux en groupe, des mises en situation de négociation, des dialogues avec la société civile dans le cadre d’évaluation des politiques publiques en ce qui concerne les futurs hauts-fonctionnaires, ainsi que par la création de programmes internes et de partenariats externes. Des collaborations entre écoles sont d’ailleurs organisées, par exemple entre ingénieurs et écoles de commerce, ou entre ingénieurs et médecins.

Parmi les attendus de la formation des futurs décideurs au début public et à la concertation, il y a la responsabilisation des personnes. Du côté des futurs décideurs, l’enjeu est d’acquérir un savoir-être et un mode d’agir qui mobilisent une forme d’éthique politique plutôt que les seules compétences techniques dans la résolution des problèmes publics et dans la gestion des entreprises et des organisations.

Il ressort de cet atelier qu’une véritable demande de formation au débat public, et plus largement à l’échange, au dialogue et à la concertation, fait son apparition au sein des grandes écoles. Ce besoin est d’ores et déjà identifié par la CNDP, qui pourrait bientôt engager les partenariats nécessaires à la mise en place concrète et organisée de dispositifs de formation axés sur l’ingénierie du débat public et de la concertation. Mais au-delà des aspects matériels, l’introduction des procédures de débat dans les politiques publiques exige un véritable changement de culture politique et administrative. Si la formation au débat public demeure primordiale sur le plan de la promotion et de la transmission, c’est un véritable programme national d’action publique, porté au niveau gouvernemental et parlementaire, qui doit être envisagé.

Assad Ferguene

 

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