Vérité et controverse dans le débat public
La vérification de la véracité des arguments développés dans le débat présuppose qu’il existe des bases de connaissances et des entités qui contiennent et détiennent cette « vérité ». Si cela peut être envisagé sur certains sujets scientifiques partagés et incontestés par la quasi-totalité de la communauté, cet exercice est beaucoup plus hasardeux sur les sujets touchant aux grands projets industriels tels que la création de nouveaux réacteurs nucléaires.
Différentes dimensions à prendre en compte
En effet, la dimension scientifique et technique de ces projets, certes essentielle, n’est toutefois pas la seule à considérer dans la décision à prendre, qui comporte aussi des enjeux économiques et sociétaux de 1ère importance. Ainsi, concernant en particulier la maîtrise des risques, des institutions publiques tels que l’Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection (ASNR) vont fonder leur avis sur des arguments approfondis concernant la dimension scientifique de ces risques, alors que d’autres actrices et acteurs, qu’ils soient contre ou en faveur du nucléaire, peuvent considérer que le risque pris n’est socialement pas acceptable (ou au contraire surévalué), ou bien que la sincérité de l’expertise publique ou la confiance que l’on peut accorder aux porteurs de projets et aux décideurs est sujette à caution. Ces acteurs défendent souvent leur point de vue sur la base d’arguments sélectionnés pour servir leur cause, sans doute contestables par nature parce que « partisans », mais pas nécessairement « erronés ».
Le débat public : un état des controverses
L’existence de ces différents positionnements et arguments est parfaitement légitime et leur mise en perspective constitue la base même du débat public. Il est à cet égard essentiel pour les organisateurs de faire en sorte que les dispositifs qu’ils mettent en place permettent au public d’avoir accès à tous les points de vue et arguments, de manière aussi équilibrée que possible sur toute la durée du débat, même si cela est parfois difficile. C’est ce que l’équipe du débat s’est efforcée de faire au travers des réunions thématiques dans lesquelles la parole a été donnée aux actrices et acteurs de toute nature et conviction, en mettant à disposition les sources d’information lui apparaissant les plus à même de nourrir la réflexion du public . Rappelons aussi que le débat public propose à l’attention du public et des décideurs un état des controverses à un moment donné et s’inscrit dans un processus délibératif et de prise de décision plus large.
La mise en place du Comité de la donnée
Dans ce contexte, le Comité de la donnée a été constitué pour apporter son expertise à l’équipe du débat sur les aspects techniques et scientifiques du projet.
Le « fact-checking » à proprement dit, a été jugé peu approprié pour les raisons évoquées ci-dessus : le rôle dévolu au Comité de la donnée a été d’établir un état de l’art sur des sujets structurants pour le débat et dont la complexité nécessitait un apport pédagogique, afin d’intervenir en support aux réunions publiques dans le cas où la confrontation des avis d’actrices et acteurs ne suffiraient pas à clarifier les points de controverse ou omettraient de mettre en lumière des aspects importants à porter à connaissance.
En l’état, nous considérons que ces différentes dispositions ont favorisé l’accès du public à des informations, arguments et points de vue différents concernant les aspects techniques du projet et son contexte, et que la pluralité de ces informations lui permet de se forger un avis éclairé sur son opportunité.
Des questions méritant un éclairage supplémentaire
Il reste toutefois que les questions relatives aux conséquences sanitaires des accidents nucléaires n'ont effectivement pas été débattues et méritent un éclairage supplémentaire sur l’état des connaissances en la matière. Nous allons examiner la possibilité d’établir cet état pour la fin du débat. La question des conséquences de la rupture du barrage de Vouglans, également soulevée lors du débat et qui n’a pas reçu de réponse technique spécifique, sera également examinée.
- Publié le 09/05/2025
- Date de dernière mise à jour : 12/05/2025
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