Retour sur l’atelier de controverses « Data center »

Quel modèle de développement pour les data center en France ? En a-t-on besoin en région Nouvelle Aquitaine et pourquoi choisir la commune de Saucats pour un nouveau projet ? Voici les questions auxquelles ont tenté de répondre deux experts dans le cadre de l’atelier de controverses organisé en partenariat avec Sud Ouest et diffusé mercredi 17 novembre. 

Atelier de la controverse - 18/11/2021

Yves Grandmontagne, cofondateur et rédacteur en chef de « Datacenter Magazine » et François Richard, expert en impacts environnementaux du numérique membre du think tank le Shift project ont participé à cet atelier de controverses animé par Laetitia Langella, journaliste de Sud Ouest. La Commission particulière du débat public était représentée par Marine Calmet.

De nombreux thèmes ont ainsi pu être traités : Qu’est ce qu’un data center ? Comment se développe ce secteur en France ? Quels enjeux et quelles opportunités pour la Gironde ? Comment appréhender les impacts environnementaux du projet, émissions de gaz à effet de serre, chaleur, eau, risques industriels ?

Une dizaine de personnes étaient présents à la diffusion publique organisée par la Commission et ont pu prolonger les échanges autour de ces thématiques durant 1h15. Vous trouverez, ci-après, le compte-rendu de cet échange.

Deux ateliers de controverses ont déjà été organisés, en partenariat avec Sud Ouest, dans le cadre du débat public :

Et le prochain atelier se tiendra le Jeudi 2 décembre à 18h : "Agrivoltaïsme, quel avenir ?"

Ces ateliers de controverses sont à suivre en direct ou en replay sur SudOuest.fr et sur les réseaux sociaux. Pour chacun de ces ateliers une diffusion publique sera organisée à 18h dans les locaux de Cap Sciences à Bordeaux et suivie d'un temps d'échange (non filmé).

Ces ateliers de controverses ne traitent pas directement du projet "Horizeo" mais ils permettent au public de s'approprier les grands enjeux soulevés par le projet.

À la suite de l’atelier de controverses enregistré sur le plateau de Sud Ouest, dans lequel sont intervenus Yves Grandmontagne, cofondateur et rédacteur en chef de « Datacenter Magazine » et François Richard, expert en impacts environnementaux du numérique membre du think tank le Shift project, s’est tenue une réunion animée par Marine Calmet (CPDP) qui rassemblait une quinzaine de personnes, habitants de la région, membres d’associations, entreprises ou organismes concernés par le thème de l’atelier, tels que la SEPANSO et le Shift project.

L’impact de la création de data centers sur l’emploi

Pour aller plus loin dans les échanges et aborder cette question qui n’avait pas pu être soulevée dans l’émission, les experts sont revenus sur la question de l’emploi. 

Selon la position partagée par les experts, pour une personne employée par le data center, ce sont environ : 

  • 5 personnes qui travaillent dans le data center sans être directement employées du data center
  • 13 personnes qui sont employées directement dans l’écosystème du data center auprès des acteurs du secteur informatique
  • 100 personnes qui sont indirectement impactées, sous traitants etc… 
  • 1.000 personnes dans l’écosystème numérique global

Concernant les emplois directs et indirects créés, il ne faut pas raisonner à l’échelle locale mais à une échelle beaucoup plus globale, régionale voire nationale et supranationale, ce qui peut être un élément important quand il s’agit de raisonner au niveau d’une commune en terme de bénéfices liés à l’implantation d’un tel site. Par ailleurs, un participant a souligné que le régime fiscal des data centers ne représentait pas une manne importante pour les communes dans lesquelles ces sites sont implantés, ce qui, tout comme la question de l’emploi, pourrait expliquer que les élus ne soient pas toujours favorables au développement de ce type de projet sur leur territoire. Il est à noter que les gros data centers, gourmands en énergie, pourraient aujourd’hui bénéficier d’aides fiscales. Un régime qui pourrait être supprimé, des discussions sont en cours au sein du gouvernement. 

Quelle est la valeur ajoutée de ce data center à cet endroit-là ?

Pour des raisons d’urbanisme, construire un data center, surtout pour les gros data centers devient difficile dans les villes. L’implantation d’un projet dépend donc avant tout du territoire, de la disponibilité foncière et de la fourniture d’électricité. L’avantage du site Horizeo à Saucats serait l’alimentation possible en énergie photovoltaïque ce qui correspond aux objectifs fixés par l’Europe, qui tendent à 100% d’énergies renouvelables d’ici 2030. 

Selon M Richard, les données circulent aujourd’hui par-delà l’Atlantique sans problème et l’avantage de construire un data center à Saucats et donc sur notre territoire français serait moins lié au confort d’utilisation, qu’à la création d’emplois, aux coûts d’exploitation et d’investissement ainsi qu’aux avantages fonciers liés au projet.  

Un participant a rappelé qu’un data center venait d’être inauguré à Bruges (à 30 km de Saucats) sur une zone industrielle et questionne donc le choix d’une zone boisée pour implanter celui d’Horizeo.   

Le contrôle du déploiement des data centers en France

Grâce aux aides fiscales dont bénéficient actuellement les data centers en France, le coût de l’énergie est réduit et on favorise donc leur déploiement. Selon M. Richard, il est nécessaire d’avoir un contrôle accru sur le développement “anarchique” de ces sites qui ont un impact sur la consommation d’énergie. 

Les scénarios RTE prévoient que les data centers représentent 5% de la consommation d’énergie française d’ici 2030. M. Richard souligne que la consommation des data centers n’est pas prévue dans le plan pluriannuel de l’énergie (PPE) ce qui pourrait être une source de “black out” (coupure d’électricité) et étant donné que pour qu’un data center fonctionne, les données stockées doivent être en permanence accessibles, il faudrait donc que le déploiement de ces sites soit compatible avec la capacité de production d’énergie. 

M. Grandmontagne a rappelé quelques chiffres. Il y a aujourd’hui 215 data centers “en co-location” (c’est à dire partagés entre plusieurs opérateurs hébergés) dont 39 en construction, mais il y a 5.000 data centers privés. Ces data centers privés sont souvent plus anciens et le marché est en train de muter, se tournant vers la mutualisation.

Free cooling, comment se passe le refroidissement du data center ? 

A la demande d’une habitante, les experts apportent des précisions sur la technique du “free cooling” (système de refroidissement passif). M. Grandmontagne souligne que la technique de refroidissement au gaz utilisé dans les grands data centers américains, n’est pas utilisée en France. Le free cooling repose sur un double circuit d’air qui vient refroidir la salle informatique. Un circuit interne fait circuler de l’air froid sur les serveurs et l’air réchauffé par les machines se retrouve en contact avec un système de refroidissement, formant une boucle fermée. Un second circuit d’air vient de l’extérieur du bâtiment et est mélangé à cette première boucle. Il n’y a pas de gaz utilisé dans le free cooling et cette technique est utilisable 80 à 90% du temps selon M. Grandmontagne. Quand la température extérieure n’est plus suffisante pour refroidir la température intérieure, il existe plusieurs techniques de refroidissement : la projection de fines gouttelettes d’eau ou l'utilisation d’une unité frigorifique, toujours selon M. Grandmontagne.   

Bilan carbone des data centers et autres impacts environnementaux 

Malgré un bilan carbone faible pour ce qui est de l’exploitation du site en raison du raccordement à des sources d’énergie renouvelables, un data center zero carbone “ça n’existe pas”, comme le rappelle un participant puisque le porteur de projet annonce que le bilan carbone de la “brique” data center équivaut à 344.000 tonnes de Co2 éq. 

Les émissions de gaz à effet de serre (GES) liées au numérique sont estimées à environ 3%, l'équivalent du secteur aéronautique, un chiffre amené à doubler selon les experts, pour atteindre 6 à 7% d’ici 2030. Ces émissions sont liées notamment à la construction de terminaux numériques, les réseaux numériques (10% environ) et les data centers représentent entre 15 et 17% des émissions de GES liés au secteur du numérique selon les chiffres donnés par M. Richard. Étant donné la progression colossale du marché, cela représente donc des émissions non négligeables. M. Grandmontagne souligne que ces dix dernières années, le nombre de données a doublé mais que la consommation des data centers n’a augmenté que de 6% et cette tendance se maintient. Il y a donc, selon lui, un gros effort fourni par les industriels pour réduire la consommation des data centers. 

Objets connectés, 5G.. une question essentielle est la finalité du stockage des données dans l’évolution des usages du numérique dans les années à venir pour apprécier l’impact futur des data centers. Selon M. Richard, 70% des usages actuels sont du “confort pur” et ne sont donc pas liés à nos besoins essentiels. Réduire l’impact environnemental du numérique et des data centers passerait donc par une réflexion sur nos usages technologiques.

  • Publié le 18/11/2021
  • Date de dernière mise à jour : 29/11/2021

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